Oh baby baby baby blues

25 Nov 2017

Quand nous t'avons vu pour la toute première fois, ça a été un coup de foudre immédiat, pour nous deux. La sage femme t’avait mis tout contre moi, en peau à peau. Tu étais tout chaud, tout moite, une odeur d'intérieur, animale et rassurante, celle du liquide amniotique. Nous t'avons regardé longuement avec l’amoureux, nous t'avons enveloppé, câliné et nous avons bien rigolé. Tu étais le plus beau bébé du monde à nos yeux, tout fripé, plissé, comme un petit Sharp Pei.

 

Je t’ai respiré, je t’ai goûté aussi.

 

Ce moment si doux pour bébé et moi, l'était, je pense, un peu moins pour l'amoureux. C'est vrai qu' à ce moment précis un lit king size serait le bienvenu pour être ensemble. Papa est forcément est un peu loin... Mais bon, en même temps le gynéco est entrain d'extraire le placenta et de me faire quelques points.

 

[Petite aparté pour toutes celles qui redoutent l'épisiotomie, alors NON elle n'est pas obligatoire lors d'un accouchement avec instruments et OUI une déchirure est quasi systématique à cause des spatules mais elle peut être toute petite ! On va pas non plus pousser, le trauma des couverts à salade c'est bien suffisant !]


Bébé a tout de suite entendu le rire de son papa qui découvrait ses expressions si marrantes. On aurait vraiment dit un vieux bébé avec tous tes petits plis. Les mêmes que lorsqu'on reste trop longtemps dans l’eau.

Ensuite nous avons profité du séjour à la maternité pour se découvrir tous les trois. L’ amoureux a dormi tous les soirs avec nous, sur un fauteuil en cuir ultra inconfortable, qui se dépliait en lit individuel... Il avait mal au dos [presque autant que moi et je dois avouer que quand c'était mon tour de donner le biberon en pleine nuit et que je le regardais dormir tout coincé sur ce canapé trop étroit... Il me faisait un peu pitié] mais on était ensemble. On était dans notre bulle, bien, en sécurité.

 

 

Même si le baby blues n'a pas tardé à pointer le bout de son nez.

Et c’est là que tu te demandes comment font les filles qui sont resplendissantes sur les photos à la maternité. Moi, j’étais blanche, les traits tirés, bouffie avec les yeux rouges.


Le baby blues m’a pris 3 jours après l'accouchement et c’est lorsque j’ai reconnu la position recroquevillée de bébé que je tenais tout contre moi, la même, exactement la même que dans mon ventre, que j’ai fondu en larmes. A chaudes larmes.

 

Bébé était dehors, j’étais vide et lui, si vulnérable.
 

Et puis j’ai culpabilisé très vite... D’abord de manière complètement irrationnelle à cause mon accouchement avec instruments... Comme si j’avais échoué, prise par la peur qu’il souffre d’un traumatisme. Comme si j'avais pu par ma volonté changer le cours des choses.

 

Et puis nous avons eu une idée lumineuse avec l’amoureux. La veille de notre sortie, nous sommes descendus à l’étage des naissances bravant tous les interdits des bonnes sœurs ! Nous avons vu les deux sages-femmes qui m’ont aidé à donner naissance à bébé, nous avons débriefé et nous les avons remerciées.


Mettre des mots sur cet accouchement nous a fait du bien. A moi, parce que j'avais honte d'avoir eu si peur. A l'amoureux qui au moment où le gynécologue avait décidé d'utiliser les spatules lui avait gentiment demandé de sortir [pour probablement ne pas à avoir à gérer son angoisse]. L'amoureux et moi, nous étions séparés... Il s'était retrouvé dans le couloir, seul, m'entendant hurler comme jamais, terrifiée par la peur de ne pas y arriver, peur que mon bassin implose, peur de littéralement exploser. [Ce que je décris ici, ce sont les sensations du cercle de feu sous péridurale, du passage de la tête. Et si la sage-femme haptonome qui m'a "préparé" m'en avait parlé, j'aurais su à ce moment précis que ça ne dure qu'un instant et que l'instant suivant bébé serait dans mes bras. Mais je ne le savais pas...] 
 

C'est après plusieurs tentatives de poussée accompagnées de mes cris que la seconde sage-femme appelée en renfort, a fait rentrer l'amoureux, il n'a donc pas vu les spatules mais a vu naître son fils. Ce qui avec le recul je pense, vaut mieux que l'inverse. Vous ne trouvez pas ?

 

Les sages-femmes, Good cop / Bad cop. Elles m’ont toutes les deux autant marquée l’une que l’autre. L’une par sa douceur et son calme, l’autre par son autorité et son regard hypnotique qui se sont révélés d’une grande aide lorsque que j’ai été prise de panique.

 

Un autre événement pendant ces quelques jours à la maternité m'a fragilisé... Et oui mes seins ont bien failli tout gâcher. 

 

Je n'ai pas pu allaiter parce que mes canaux lactifères ont été sectionnés lors d'une opération de chirurgie (réparatrice). Mais j’ai quand même eu une énorme montée de lait que j’ai trouvée très cruelle. (Dans beaucoup de maternité, le médicament pour couper la montée de lait n'est plus prescrit à cause de ses effets secondaires.)

 

Ma voisine de salle de bain, elle, son lait n'est jamais monté. La vie est parfois mal faite !

 

[C’est là que j'ai haï la chirurgienne qui m’a opérée il y a 10 ans. Pas parce que c’était une erreur, pas parce que si elle m’avait dit à l'époque que l’allaitement maternelle serait impossible je ne l’aurai pas fait. Non. Parce qu’ à 7 mois de grossesse je l’ai appelé pour demander si un allaitement était compromis et elle m’a affirmé que non ! Bullshit !]


Peut-être que ça vous a échappé, mais j'ai parlé un peu plus haut de bonnes sœurs.

 

Nous avons préféré la petite maternité privée avec les bonnes sœurs pour sa dimension à taille humaine et son joli jardin. Elles étaient douces. Constantes. Souriantes. Généreuses. Un peu extrêmes sur les moyens de contraception... Mais à l'écoute et bienveillantes. L'une d'elles nous on a bien mis mal à l'aise lorsqu'elle nous a expliqué que le stérilet tuait tout bonnement des bébés [ben oui, la fécondation a lieu, simplement l’œuf ne peut pas s’implanter, donc on tue des "bébés" ?! ]. Là bas, elles prônent les méthodes naturelles [ je n’ai rien contre mais je connais pas mal d'adultes nés sous "contraception naturelle" et devenir une experte de ma glaire (cervicale)... Heu... pour essayer de faire un bébé OK mais pour éviter d'en avoir un, NO WAY ! ].

 

Notre séjour a malgré tout été très doux et ce sont vraiment de merveilleux souvenirs, suspendus. Notre bébé ne pleurait quasiment jamais, il était calme et serein, il aimait le moment du bain, dormait beaucoup, baillait aussi, et faisait notre émerveillement.

 

Et puis tu rentres à la maison, et l’amoureux donne des biberons et c'est mignon et tu peux "noyer" ton chagrin dans un Pimm's. Alors tu te dis que ce n’est pas si grave de donner des biberons même si la société te fait bien comprendre que c'est MAL, que c'est égoïste.

 

[Bon les mamans qui donnent le sein sont aussi confrontées au jugement des autres, ceux qui trouvent que c'est impudique dans un lieu public, ceux qui pensent que passé 6 mois c'est bizarre.]

 

Cette émotivité un peu encombrante, ne disparaît pas tout de suite... Et l'amoureux qui pourtant avait été prévenu par mes soins, [ je lui avais bien expliqué plusieurs fois que potentiellement les effets d'une chute hormonale pourrait me rendre hyper sensible parce que pendant ma grossesse, j'avais eu, à la fin du second trimestre, deux semaines de larmes faciles et il m'avait gentiment dit "mais tu ne peux pas prendre un peu sur toi ?" et bien l'amoureux avec sa psychologie d'escargot me demande une semaine après l'accouchement " Mais tu vas rester longtemps comme ça ?" Comme si j'en avais la moindre idée !!!] 

 

Il y a quelques semaines, il a revêtu son habit d'escargot une nouvelle fois (ou de bigorneau, au choix) ; " Mon amour tu vas bien en ce moment ? (rapport au fait que nous avons déménagé dans le sud et que nous sommes loin de nos amis et familles), non parce que j'ai bien remarqué que tu t'arraches les cheveux... " 

 

Alors là, il m'a tellement gonflé que je lui ai envoyé un lien vers un article de presse sur la chute de cheveux post-partum ! NON, je ne m'arrache pas les cheveux mon amour, je les perds par poignée et pour couronner le tout, ton fils a une passion, c'est tirer sur mes jolies boucles et OUI c'est normal et HORMONAL ! [Heureusement, j'en ai une tonne de cheveux sur la tête.]


Mon babyblues aura duré une dizaine de jours et chez moi ça aura donc ressemblé à une extrême émotivité, un peu de nostalgie, de la culpabilité aussi et tout ceci amplifié par une fatigue physique généralisée et ensuite POUF ! Vous redevenez vous-même avec votre caractère et vos nouvelles angoisses de maman toute neuve. Je ne me suis jamais sentie triste, simplement c'est un immense bouleversement dans votre cœur, dans votre tête et votre corps.

 

Une naissance, c'est une vague d'amour incommensurable qui vous submerge, vous emporte ailleurs, vous déstabilise aussi, vous remplit mais heureusement l'amoureux et moi nous savions nager. 
 

 

Le regard de l'amoureux sur ce récit plus vrai que nature :

 

Alors d'abord le fauteuil n'était pas en cuir. Il était en simili cuir. Voire même en simili skaï. Il pourrait faire moins 12 que vous seriez quand même en sueur. Et là, on était quasi en canicule. En gros j'ai passé toutes les nuits de ce séjour à faire la serpillière. 

Pour le Pimm's, il ne s'agit pas du biscuit mais d'un cocktail anglais réalisé à partir de la boisson du même nom. Très simple à faire, il est aussi très désaltérant. Et puis ça change un peu du Spritz, devenu beaucoup trop populaire.

Voici la recette : 

Dans un grand verre, verser une mesure de Pimm’s (environ 5cl).

Ajouter une fine rondelle de concombre, une fraise coupée en 4, une lamelle de pomme, une framboise, une mini tranche d’orange et quelques feuilles de menthe.

Mettre des glaçons (3 ou 4 selon la taille) et allonger le tout de limonade ou de ginger ale.

Enfin, plus sérieusement, par rapport à ma psychologie d'ESCARGOT, c'est peut-être vrai mais ça s'explique. Le baby blues tout le monde connait ou croit connaitre, la littérature existe. En revanche, le sort réservé au gentil papa... Pour résumer, à ce moment-là cher confrère, garde bien en tête que quoi que tu fasses, c'est plutôt une mauvaise idée et que quoique tu dises, tu ferais mieux de te taire. En gros, tu vas EN BAVER. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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