Culpabilité quand tu nous tiens.

13 Apr 2018

 

 

La première fois que j'ai culpabilisé dans ma vie de maman, c'était assez tôt en fait... Dès la maternité, je m'en voulais terriblement parce que notre bébé s'était mal engagé dans mon bassin et que sa naissance avait été assisté par des instruments. La seconde fois, c'était quand j'ai réalisé que malgré ma montée de lait énorme, je ne pourrais pas lui donner mon "or", mon lait, suite à une chirurgie. Deux fois en cinq jours de maternité. Pas mal pour un début et ça ne faisait que commencer.

 

Maman, j'ai découvert très vite combien ma propension à culpabiliser allait grandir avec mes nouvelles responsabilités. Combien celle-ci serait parfois déraisonnée et tenace. Comme si j'avais pu par ma volonté décoincer mon bébé dans mon bassin ?! 

 

[Non mais ALLO ?! Ici la terre !!! Merci encore à l'haptonomie qui t'explique que tu dois inviter ton bébé dans ton bassin pour l’accompagner à descendre et qui fait complétement abstraction des complications qui peuvent survenir.]

 

En réalité, je fais partie de ces mamans qui ont le vertige face à leur nouveau né, si petit, si vulnérable. D'ailleurs pendant mon dernier mois de grossesse, je n'étais pas vraiment pressée de son arrivée, j'aimais le savoir au chaud et en sécurité.  

 

Bon je dois rectifier un petit mensonge plus haut, la toute toute première fois que j'ai culpabilisé c'était quand j'ai mangé une mozzarella burrata pendant ma grossesse et que j'ai découvert, après, que c'était un aliment interdit.

Parce que oui déjà enceinte, nous, les mamans, nous sommes complètement responsables de ces petits êtres en devenir.  

 

Alors comment être une bonne maman ?

 

Cette question, je me la suis posée dès le milieu de ma grossesse. Je m'étais procuré quelques livres, dont un, fortement recommandé par ma sage femme haptonome, " J'accouche bientôt, que faire de la douleur ? " et j'ai vite déchanté. Le livre écrit par une sage femme aborde la physiologie de la naissance et prône un retour au naturel. Jusque là pas de problème mais il y est écrit que la péridurale peut provoquer des troubles de l'attachement à l'adolescence. 

Je l'ai refermé aussitôt après avoir lu ce passage et je ne l'ai plus jamais ouvert. Comment une sage-femme peut-elle s'autoriser à asséner des conneries pareilles à des futures mamans qui ne demandent qu'à culpabiliser ?! 

 

J'ai d'autres livres sur la maternité et la parentalité que je n'ai pas encore lu par peur de débusquer de nouveaux sujets complètement anxiogènes et sur lesquels je n'aurai aucune prise.

 

J'ai plutôt décidé de suivre mon instinct maternel et ma compréhension de mon bébé.


J'ai décidé donc de me faire confiance avec la fervente conviction que je lui donnerai toujours le meilleur de moi-même. Loin de la fumée de cigarette de mon enfance, bébé respirera un air plus pur, ne pleurera jamais tout seul dans son lit, parce que ce n'est pas qu'un tube digestif, non non non, et il aura du bio du bio du bio, toujours du bio. II mangera bio et fera caca dans du bio. [Ben oui, nous avons lu le 60 millions de consommateurs sur les couches...] 

 

Ah j'allais oublié, j'ai aussi souvent culpabilisé quand bébé était tout petit et qu'il se mettait à pleurer pour réclamer son biberon alors qu'il m'aurait suffit de le préparer avec un peu en avance pour lui éviter de se mettre dans cet état.

 

Jusqu'à ce jour.

 

Ce jour où bébé est tombé du lit, à 4 mois et demi. Il était au milieu de notre grand lit, calme, et je me suis dit, « n'attend pas qu'il pleure, va vite chercher son biberon, il sera trop content. » Alors, je suis sortie 3 minutes.

 

Le biberon en main, j’ai entendu un cri que je n'avais jamais entendu auparavant, j'ai couru. Bébé était sur le sol. Comment avait-il fait pour parcourir toute cette distance ? Je ne sais pas, en roulant, en tournicotant, peu importe, il était tombé sous ma "non-surveillance". J'étais la pire des mères. Je l'ai pris dans mes bras, consolé et en 3 minutes il semblait être parfaitement passé à autre chose. Il a bu son biberon et j'ai appelé complètement désemparée l'amoureux. Je n'arrivais pas à contenir mes larmes. Ni une ni deux, l'amoureux papa plaque son bureau immédiatement pour nous rejoindre. Lorsque je lui ouvre la porte, je pleure toujours et bébé sourit encore. Aucun reproche de l'amoureux qui trouve tout de suite les mots justes pour (essayer de) me consoler. Nous nous dépêchons. A l’hôpital, les médecins nous rassurent, nous disent qu'il se porte comme un charme et nous explique que nous avons eu les bons réflexes, qu'il faut continuer à surveiller son comportement pendant 72 heures mais tout porte à croire après examen qu'il n'a qu'une petite égratignure sur le nez. Pas un mot pour me culpabiliser... On nous explique que certaines mères ont tellement hontes qu'elles ne conduisent pas leur bébé aux urgences pédiatriques. Les jours qui ont suivi j'étais mortifiée. Il était tombé à cause de moi. Et si ce choc le marquait à tout jamais...

 

Puis, j'ai compris que malgré toute mon envie de bien faire, j'allais commettre des erreurs, parfois par bêtise, parfois par manque d'information ou d'anticipation. J'ai compris aussi que notre bébé allait pleurer et que ce ne serait pas grave.

 

Alors j'ai renoncé à la culpabilité, en acceptant d'être imparfaite, en assumant notre mode de vie et mon ambivalence aussi. [Oui, parfois il m'arrive de me réjouir quand il s'endort..]
 

Notre appartement n'est pas ce que l'on peut appeler "babyfriendly" du coup je dois lui apprendre à ne pas jouer dans certains endroits (près du bureau en verre et plexi par exemple). Je suis aussi toute la journée seule avec bébé alors oui nous avons un parc. [BOUH !! je mets mon bébé en cage !] 

Il me permet d'aller aux toilettes lorsque bébé ne fait pas la sieste et de le savoir en sécurité.

 

Il mange bio, varié et équilibré mais tout préparé. Nous ne le laissons jamais pleurer dans son lit et tous les soirs je ne me demande pas si je suis une bonne maman mais si il a passé une bonne journée.

 

Et en même temps comment ne pas culpabiliser de temps à autre lorsque que les informations sur la parentalité nous arrivent de toutes parts, par milliers et contradictoires ?

 

La dernière fois, c'était au sujet de son lait en poudre. Au détour de quelques lectures sur les internets, je me rends compte que son lait GUIGOZ n'est pas listé dans les laits sans aluminium par le magazine 60 millions de consommateurs. [Et oui, encore lui]

 

Je m'en suis voulue de ne pas avoir pris le temps de benchmarker tous les laits en poudre du marché depuis mon lit à la maternité... Comme beaucoup de parents nous avons simplement continué le lait des biberons de la clinique puisqu'il lui convenait. Et puis j'ai appelé son pédiatre pour lui demander si je ne ferai pas mieux de basculer sur un lait bio, (beaucoup plus cher).

 

Il m'a répondu texto "Guigoz est le laboratoire le plus en pointe en matière de recherche, tout ceci est extrêmement surveillé. Votre bébé ne court absolument aucun danger. Arrêtez de lire internet et profitez de votre bébé en pleine forme!"

 

Nous n'avons pas changé de lait.

 

Je pourrais aussi parler des injonctions sur le couchage de bébé sur le dos pour prévenir la mort subite du nourrisson, pas vraiment compatible avec un bébé qui présente un hématome douloureux (causé par la ventouse) et un torticolis... 

 

Je vous raconte ceci parce qu'à une époque pas si lointaine les choses étaient bien différentes. Les parents faisaient de leur mieux mais n'étaient pas acculés par des discours en totale opposition en permanence.

[Les bébés nageurs c'est génial mais le chlore c'est tellement mauvais pour leurs voies respiratoires. Optez pour une piscine d'eau de mer si vous y tenez vraiment ! »

 

J'ai compris que je devais apprendre à me détendre et que ça devait passer par le partage des responsabilités avec l'amoureux. Je dois bien l'avouer, au début je trouvais que je faisais tout mille fois mieux et plus rapidement que lui. En même temps, il ne s'agit pas d'instinct maternel mais bien souvent de pratique (et parfois de volonté...) A force de déboutonner et boutonner toute la journée, on apprend à le faire vite, même avec un petit bébé qui pleure ou un grand bébé qui veut se retourner.

 

Finalement je suis une maman qui essaie de s’adapter à son bébé, ses besoins et ses envies. Un bébé qui quant à lui s'adapte aussi au cadre que nous lui offrons et à sa maman un peu stressée, parce qu'il est cool, tout cool, depuis toujours. Notre bébé est détendu et heureux d'être là avec nous. Souriant, content et ce malgré nos défauts, nos failles, nos erreurs.

 

Et vous, il vous arrive aussi de culpabiliser ?

 

 

Le regard de l'amoureux sur ce récit plus vrai que nature

 

...C'est vrai que lors de l'épisode dit "de la chute", j'ai été parfait. Aucune discussion au téléphone, aucune hésitation, j'ai tout laissé tomber au boulot et suis parti direct. En fait, on ne peut même pas dire "parfait" car c'est juste normal, non ? Quoique ? Ne faire aucun reproche c'est pas mal quand même. Bref, j'ai été au top sur toute la ligne aussi, quand je refuse de changer sa couche, je pense à ce jour, ainsi je culpabilise moins.


 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload

November 29, 2017

November 25, 2017

Please reload