Périnée décomplexé

4 May 2018

 

Au risque de paraître impudique, je vais vous parler ici, sans filtre, de mon post-partum et surtout de mon périnée, parce que j'aurais sincèrement apprécié être mieux préparée et informée sur le sujet.

 

A terme dépassé de 3 jours, bébé s'est présenté en sommet, nous avons attendu plusieurs heures mais il ne parvenait pas à descendre. Trop engagé dans mon bassin pour pratiquer une césarienne d'urgence, nous avons eu besoin d'instruments pour l'aider à sortir, vite. Après une ultime poussée avec spatules donc et une petite déchirure (simple deuxième degré) plus tard, bébé était enfin là.

Pourquoi était-il coincé ? Était-ce la faute du tour de cordon autour de son cou ? De sa position ? De son périmètre crânien élevé (36,5 cm) ? Je ne saurai jamais...

 

[Les déchirures, elles sont fréquentes lors d'un premier accouchement, avec un gros bébé, avec un périnée trop musclé et automatiques lors de l'usage des spatules. Ces instruments permettent d'écarter le vagin pour donner plus de place aux manœuvres de bébé. Ils ne blessent pas l'enfant à naître mais traumatisent les muscles de la maman.

Il existe 4 grades de déchirure : le grade 1 est une déchirure superficielle, le 2, affecte le muscle du plancher pelvien et nécessite des points de suture, le 3 est une déchirure étendue qui gagne la zone du sphincter anal, enfin le 4 s’étend encore davantage et atteint la muqueuse ano-rectale.

Les grades 3 et 4 sont heureusement beaucoup plus rares.]

 

Après 2 heures de peau à peau magique, nous sommes montés en chambre tous les trois et nous avons dîné puis dormi. Le lendemain matin, il y a eu l'épreuve de la douche. Fébrile, je me suis lavée et regardée. Je me suis sentie tout de suite capable de marcher, alors j'ai promené bébé dans la maternité, je me suis aérée dans le joli jardin ensoleillé. Le matin de notre départ, je me sentais en forme, nous sommes rentrés à la maison très émus et impressionnés puis nous sommes repartis assister à un cours de massage. Quand la nuit est tombée, je me tenais pliée en deux, je n'avais plus de dos. Il était en compote. Je me suis allongée sur notre lit et j'ai compris que je devais lever un peu le pied, que la position verticale était un peu compliquée à tenir, que c'était un peu comme si un bus m'avait roulé dessus. J'ai eu de la fièvre 48h et puis petit à petit, j'ai recouvré des forces.

 

Ma rééducation périnéale première partie (15 séances)

 

Pour commencer, voici une petite définition du plancher pelvien : c'est un muscle qui va de votre vulve à votre anus, comme un hamac. Il vous permet de décider de faire pipi, de retenir vos gaz, vos selles et accessoirement il retient vos organes. Mais c'est aussi un muscle de plaisir. Bref c'est lui qui vous permet de rester digne.

 

Lors de mon rdv de sortie avec ma gynécologue obstétricienne, elle a contrôlé la déchirure qui cicatrisait très bien (et n'était absolument pas douloureuse), elle m'a demandé comment je me sentais, nous avons débriefé l'accouchement (c’était un peu nécessaire quand même) et elle m'a fait un toucher vaginal. C'est alors qu'elle me demande de "serrer", j'essaie et rien ne se passe. Elle me dit que c'est normal, me donne une ordonnance pour 15 séances de rééducation avec une sonde et me dit de commencer dans 3 mois. 

 

Concrètement, c'était un no man's land là-dessous, imbibé d'hormones. Pendant de longues semaines je n'ai eu aucune sensation et ça m'a complètement déstabilisée. J'ai même eu une fuite, une goutte, comme ça, sans crier gare. Et puis au bout de trois mois, j'avais retrouvé quelques sensations. J'ai détesté, absolument détesté cette impression d'être complètement endolorie et j'ai eu peur, très peur que ça reste comme ça pour toujours. Personne ne m'avait prévenue que cette région de mon corps deviendrait une étrangère.

 

[Les femmes se divisent en 3 groupes pour leurs besoins en rééducation périnéale après un accouchement.

Le groupe 1 : 30 à 40 % des femmes, sans facteur de risque, examen clinique normal, pas besoin de séance de rééducation.

Le groupe 2 : 50 à 60 % des femmes, avec quelques facteurs de risque (comme par exemple un premier bébé, un accouchement par voie basse, un gros bébé, deux bébés..), des signes fonctionnels mineurs (la petite goutte de pipi), entre 5 et 10 séances conseillées environ.

Le groupe 3 : 10 à 20 % des femmes, avec des facteurs de risque nombreux (déchirure ou épisiotomie, instruments, gros périmètre crânien du bébé (> 35cm), et des signes fonctionnels importants ou pas (fuite, prolapsus, incontinence urinaire) : 15, 30, voir plus de séances obligatoires.]

 

 [Typiquement, cette information j'aurais aimé la connaître avant !!!]

 

3 mois après, j'ai commencé ma rééducation avec une sonde bio feedback, et en 15 séances j'étais à 100/100. Au début c'était laborieux mais j'y suis arrivée. J'ai ensuite fait 5 séances de rééducation abdominale.

Pourtant, au moment de se dire "au revoir" avec ma kiné, je n'étais pas complètement satisfaite, quelque chose clochait, c'était vraiment mieux c'est sûr mais pas comme avant...

J'avais cette sensation d'être moins tonique du devant et du derrière...

[Oui je suis en train de vous parler de mon popotin.]

 

Ma rééducation périnéale deuxième partie (30 séances)

 

Alors je prends mon courage à deux mains et j'appelle une proctologue gastro-entérologue en me disant que j'ai besoin d'être rassurée. Je n'ai pas de symptômes d'un problème fonctionnel quelconque, je n'ai pas de fuite, d'incontinence, de sensation de lourdeur mais je suis un peu moins tonique et ça m'embête.

 

Ce rdv, c'est celui qui vous pousse à dépasser votre pudeur. Très sympa, elle m’explique qu'elle a eu trois enfants, et des accouchements compliqués. Je me mets à quatre pattes (et intérieurement je voudrais vraiment être ailleurs) et elle me fait un toucher rectal, me demande de "serrer" et là comme avec ma gynécologue, rien ne se passe. Sans doute à cause de ma gêne, de l'inconfort de cette position et de mon stress.

[Pour les hommes qui pourraient s'être aventurés à lire cet article, je vous rassure, vous aurez le droit de vivre cette expérience aussi, pour vérifier que votre prostate va bien. Alors gardez le sourire !]

Elle me donne 15 séances de rééducation du périnée postérieur, me rassure, me dit que c'est exactement comme pour le périnée antérieur et qu'après tout ça, je me sentirai beaucoup mieux. Je sors, je prends rdv avec une kiné spécialisée et je fonds en larmes.

 

Quelques jours après, je rencontre ma nouvelle kiné, Anaïs. Elle est pétillante, souriante et me met tout de suite à l'aise. Elle contrôle manuellement ma tonicité de mes deux périnées (antérieur et postérieur), me confirme que celui antérieur pourrait tirer des bénéfices à faire quelques séances supplémentaires.

 

[Donc j'avais raison suite à ma première rééducation. 100/100 c'est super mais de quel niveau de difficulté au juste ?

Moi, j'ai de l'ambition pour mon périnée, alors j'ai demandé à ma gynécologue une nouvelle ordonnance et rebelotte, je suis repartie pour 15 séances.].

 

Le rythme des séances est de 2 par semaine, passée la gêne des trois premières et grâce à la bienveillance d'Anaïs, je parviens à normaliser la situation dans ma tête. Et puis très vite, j'arrive à relativiser parce que je sens la différence, en 2 semaines, c'est déjà beaucoup mieux !!!!

 

[Alors c'est vraiment pareil que pour la rééducation du périnée antérieur, la postérieur ? Ben oui, une sonde biofeedback d'une forme différente avec des logiciels de montagnes, escaliers, ponts et des packmans qui ont la dalle.]

 

Les autres patients aussi, m'aident à mesurer ce qui m'arrive. Ils ont entre 7 et 87 ans, il y a des hommes, des femmes. Certains se battent contre un cancer, sont en rémission, d'autres ont des incontinences suite à une chirurgie, une maladie. Certains sont atteint de troubles comme l'encoprésie, certaines ne parviennent pas à se détendre, leur périnée est si contracté qu'elles ont mal lors d'un rapport amoureux. Et là, je me dis que ce qui m'arrive n'est pas si grave. 

 

Mais "un pas si grave" qui compte ! Parce que, ce que je fais aujourd’hui m'évitera de risquer un jour une descente d'organe (lors d'une prochaine grossesse par exemple) ou d'avoir des fuites arrivée à un certain âge. Parce que oui gros scoop, les pubs à la TV qui vous montre une femme de 60 ans qui à des gouttes (bleues) dans sa culotte lors d'un effort physique ou parce qu'elle toussote ou se met à rire, et bien ça n'a rien de physiologique ! On voudrait sérieusement nous faire croire qu'à 60 ans porter une couche c'est normal ? NON MAIS ALLO ? Les marketeux vous n'avez pas honte ?!

 

Pour ma seconde rééducation périnéale antérieur, l’approche est très différente mais c'est avec la même sonde, je démarre d'abord par un renforcement musculaire par électro-stimulation, puis par des contractions réflexes avec apprentissage du verrouillage périnéal à l’effort et debout s'il vous plait ! WAOW !

 

Alors combien de femmes comme moi ont ou auraient eu besoin de faire cette rééducation complète de leur périnée ? Difficile de le savoir parce qu'aujourd'hui les gynécologues ou kinés ne posent pas les questions permettant de diagnostiquer ce besoin de rééducation postérieur si il n'y a pas de problèmes fonctionnels associés. Comme c'était mon cas. Alors combien de nouvelles mamans ont depuis leur accouchement la sensation d'avoir perdu en tonicité, de ne plus être comme avant ? A toutes celles qui rencontrent des complications, je les encourage vivement à essayer de comprendre, à consulter un spécialiste, parce que bien souvent, une autre approche peut régler le problème. 

 

Pour conclure cet article, l'amoureux laisse généreusement sa place à Anaïs. Alors exceptionnellement je vais parler pour lui. Dire qu'il m'a fait confiance, m'a écouté et s'est montré patient. Il a attendu que je me sente prête et que je n'ai plus peur pour reprendre nos ébats amoureux, sans me mettre de pression. Et moi, je dirais que je suis fière d'avoir eu ce courage, de ne pas avoir abandonné et contente de m'être réconciliée avec mon périnée.

 

 

Regard croisé avec Anaïs, kiné spécialisée en réadaptation pelvi périnéale

 

Je tiens tout d’abord à remercier Solenn, pour cette délicate note à mon égard et surtout pour cet article. Peu de femmes ou hommes d’ailleurs n’osent parler de leur périnée et des symptômes dont ils souffrent. Par pudeur et souvent par honte. Ce qui est fort dommage car dès qu’une personne entrouvre la porte, beaucoup d’autres s’y engouffrent. En ce qui concerne le périnée, il y a beaucoup à dire. Pour les femmes, on pense que tout se joue lors de l’accouchement. Ce qui n’est pas faux, mais on ne pense jamais à l’avant, à l’éducation. Comment une jeune fille peut connaître son corps si on ne lui explique pas comment se servir de son périnée. Ou même, nous apprenons à nos enfants à se brosser les dents avec des intervenants dans les écoles, mais nous ne leur apprenons pas à aller à la selle ou uriner. Et nous ne leur permettons même plus d’aller aux toilettes tranquillement avec des verrous par soucis de « sécurité ». 

Pour revenir à nos moutons ;) la rééducation du post-partum est très vaste; notamment car chaque accouchement est différent, que chaque femme est différente et que chaque histoire est différente. La rééducation se compose de plusieurs techniques : manuelle où l’on juge de la tonicité d’un périnée, c’est aussi à ce moment là que l’on sait si la patiente connait et comprend la contraction. Car beaucoup pense que serrer son périnée c’est pousser comme lorsque l'on accouche ou rentrer le ventre. Par la suite, en fonction de la tonicité ressentie, on peut pratiquer de l’électrostimulation, mot vulgaire qui n’électrocute personne mais qui en angoisse plus d’une. Lorsque le périnée est tonique, on pratique du biofeed back, qui signifie rétro-contrôle. Le patient essaie de suivre une courbe et lorsqu’il constate qu’il n’y arrive pas, il va essayer de réajuster. Ce travail commence allongé puis debout car nous sommes des êtres érigés. 

Après toute rééducation s’adapte, tout est modulable en fonction du bilan. Surtout il faut consulter auprès de professionnels médicaux si vous présentez des symptômes au niveau de la sphère périnéale. 
 

 

 

 

 

 

 

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